Bendigeit Vran fils de Llyr, était roi couronnée de toute cette île,dignité rehaussée encore par la couronne de Llundein. Une après-midi, il se trouvait à Harddlech, en Ardudwy, qui lui servait de cour, assis au sommet du rocher au-dessus des flots de la mer, en compagnie de Manawyddan, fils de Llyr, son frère, de deux autres frères du côté de sa mère, Nissyen et Evnissyen, et, en outre, de beaucoup de nobles, comme il convenait autour d’un roi. Ces deux frères étaient fils d’Eurosswydd, mais ils étaient de la même mère que lui: Penardim, fille de Béli, fils de Mynogan. L’un de ces jeunes gens était bon; il mettait la paix au milieu de la famille quand on était le plus irrité; c’était Nissyen. L’autre mettait aux prises ses deux frères quand ils s’aimaient le plus. Pendant qu’ils étaient ainsi assis, ils aperçurent treize navires venant du Sud d’Iwerddon et se dirigeant de leur côté; leur marche était facile, rapide; le vent, soufflant en poupe, les rapprochait d’eux rapidement.  »Je vois là-bas des navires, » s’écria le roi,  »venant vite vers la terre; commandez aux hommes de la cour de se vêtir, et d’aller voir quelles sont leurs intentions. » Les hommes se vêtirent et descendirent dans leur direction.

Quand ils purent voir les navires de près, ils furent bien convaincus qu’ils n’en avaient jamais vu qui eussent l’air mieux équipés. De beaux étenddars de paile flottaient au-dessus d’eux. Tout à coup un navire se détacha en avant des autres, et on vit se dresser au-dessus du pont un écu, l’umbo en haut, en signe de paix. Les hommes de Bran avancèrent vers lui, de façon à pouvoir converser.

Les étrangers jetèrent des canots à la mer, se rapprochèrent du rivage et saluèrent le roi. Il les entendait du haut du rocher où il était assis, au-dessus de leurs têtes.  »Dieu vous donne bien, » dit-il,  »soyez les bienvenus. À qui appartiennent ces navires et qui en est le chef? ».

Seigneurs, répondirent-ils,Matholwch, roi d’Iwerddon, est ici, et ces navires sont à lui.

Que peut-il désirer? Veut-il venir à terre?

Comme il vient en solliciteur auprès de toi, il n’ira pas, s’il n’obtient l’objet de son voyage.

Quel est-il?

Il veut, seigneur, s’allier à toi : c’est te demander Branwen, fille de Llyr, qu’il est venu. Si cela t’agrée, il établira entre l’île des Forts et Iwerddon, un lien qui augmentera leur puissance.

Eh bien, qu’il vienne à terre, et nous délidérerons à ce sujet.

Cette réponse fut portée à Matholwch.  »Volontier. » dit-il. Et il se rendit à terre. On lui fit bon accueil, et il y eut cette nuit là un grand rassemblement à la cour. Dès le lendemain on tint conseil, et il fut décidé qu’on donnerait Branwen à Matholwch. C’était une des trois première dames de l’île, et la plus belle jeune fille du monde. On convint d’un rendez-vous à Aberffraw où Matholwch coucherait avec elle. On se mit en marche, et toutes les troupes se dirigèrent vers Aberffraw, Matholwch et les siens par la mer, Bendigeit Vran et ses gens par terre.

Aberffraw, Wales

À leur arrivée à Aberffraw, le banquet commença. Ils s’assirent, le roi de l’île des Forts et Manawyddan d’un côté, Matholwch de l’autre, et Branwen avec eux. Ce n’est pas dans une maison qu’ils étaient, mais sous des pavillons. Bendigeit Vran n’aurait jamais pu tenir dans une maison.  On se mit à boire, en causant, jusqu’au moment où il fut plus agréable de dormir que de boire. ILs allèrent se coucher. Cette nuit-là Matholwch et Branwen couchèrent ensemble. Le lendemain, tous les gens de la cours se levèrent; les officiers commencèrent à s’occuper de partager les cheveux, de concert avec les valets; ils les distribuèrent de tous côtés jusqu’à la mer. Sur ces entrefaites, un jour l’ennemie de la paix dont nous avons parlé plus haut, Evnyssyen, tomba sur le logis des cheveaux de Matholwch, et demanda à qui ils appartenaient.  »Ce sont les cheveaux de Matholwch, roi d’Iwerddon, »fut-il répondut.  »Que font-ils ici? » dit-il.  »C’est ici qu’est le roi d’Iwerddon; il a couché avec ta soeur Branwen; ces cheveaux sont les siens. »  »Et c’est ainsi qu’ils ont agi avec une jeune fille comme elle! Ma soeur à moi! la donner sans ma permission! Ils ne pouvaient me faire plus grand affront. » Aussitôt il fond sous les cheveaux, leur coupe les lèvres au ras des dents, les oreilles au ras de la tête, la queue au ras du dos; s’ils ne trouvait pas prise sur les sourcils, il les rasait jusqu’à l’os. Il défigura ainsi les cheveaux au point qu’il était impossible d’en rien faire.

À suivre…