Les druides étaient de grand observateur des cycles, entre autres celui des astres et leur relation avec le monde des hommes et des dieux. La ronde des constellations et des planètes étaient scrupuleusement observée et étaient codée dans les mythes. Je vous fais une brève introduction des hiérogamies cosmiques en utilisant la première branche du Mabinogion comme exemple.

Temps tropique versus temps sidérale

L’observation des astres doit se faire de façon précise si on veut en tirer des conclusions valables. La position d’observation est donc toujours le dos au nord, regardant vers le sud et situé au même emplacement ou territoire de façon à avoir une toile fond constante.

Lorsqu’on parle de temps tropique cela signifie que l’observation est faite en tenant compte de la ligne d’horizon réel avec ses particularités tel des montagnes, forêt, pierre levée, etc. Le levé des astres errants, tel le soleil et la lune s’observe en lien avec un élément fixe du paysage, ou obstacle, et permet d’en mesurer le déplacement et l’angle. Ceci est illustré par les différentes chambres souterraines ou tertres qui s’illuminent aux solstices d’été ou d’hivers, tel New Grange. La mesure étant faite en rapport avec un élément fixe terrestre. Cette façon de faire, sans être approximative, accepte une certaine marge d’erreur.

Lorsqu’il s’agit de temps sidéral cela signifie que l’observation est faite en tenant compte d’une ligne d’horizon théorique et en prenant pour repère la sphère des fixes. Cette façon se faire ne comporte qu’un seul obstacle possible : la voie lactée.  Celle-ci est représenté chez les celtes par un arbre dont les racine sont en Ophicus et la cime en Orion. Cette façon de faire mesure un moment unique et précis dans le cycle astral.

La différence entre les deux mesures donne le phénomène de précession des équinoxes par la rétrogradation du temps sidéral comparé au déroulement du temps tropique. Puisque le temps sidéral est hors du monde et plus précis il est considéré comme le temps des Dieux alors que le temps tropique tributaire d’obstacle terrestre et souffrant une marge d’erreur et considéré comme le temps humain. La dance entre les deux représente la danse entre les divinités et la vie terrestre.

Les passages et la hiérogamie

eclipse solaireL’observation du ciel étant cyclique et de ce fait n’a ni début ni fin. L’équinoxe va donc traverser les douze arcs du zodiaque l’un après l’autre sans commencement ni fin discernable donc sans origine. Le choix d’un début se fera par l’observation du premier passage. En -5000 s’acheva un passage alors que le lever du soleil à l’équinoxe d’automne fut observé à la racine de l’arbre cosmique, à ce moment il y eut également une éclipse de soleil. Cette observation fut sidérale et suit un cycle de 6500 ans. Ce passage, par sa rareté et son importance devint une référence religieuse et fut mis en scène dans les mythes comme un épisode de la vie des Dieux. La célébration qui rappel cet évènement a lieu dans le monde des humains et de ce fait est devenu tropique, c’est pourquoi certaines fêtes sont à date fixe, ou par observation tropique seulement.

Le passage réussit d’un astre errant en même phase amène une hiérogamie et la naissance d’un garçon née sans père dans le cas d’une éclipse de lune, union d’un dieu et d’une mortelle, ou née sans mère dans le cas d’une éclipse de soleil, union d’une déesse et d’un mortel. Ce passage se retrouve dans le mythe de Taliesin, garçon née sans père et mis à voguer sur l’eau avant d’être recueillit de l’autre côté, signe d’un passage réussit.

Les passages impliquent un personnage divin de l’au-delà qui s’incarne dans notre monde, ici-bas sur à l’union d’une divinité et d’un humain. La hiérogamie est simplement une forme poétique pour décrire un phénomène céleste : l’éclipse. La première observation donnera lieu à une hiérogamie, mais les subséquente non puisque le divin s’est déjà incarner une fois dans notre monde. Le retour du phénomène amènera un retour du divin et non une autre incarnation. Ce thème est bien illustré avec le mythe d’Arthur : enfant née sans père lors du premier passage celui-ci reviendra d’Avalon lorsque le phénomène qui a présidé à sa naissance se reproduira dans les mêmes conditions. Habituellement il s’agit d’un cycle de 6500 ans…

Naissance des rois et observation astrologique

La précession des équinoxes, causé par la différence entre le temps sidéral ou fixe des dieux et celui changeant ou tropique des humains, fait en sorte que certaines constellations qui étaient visibles sont passées sous la ligne d’horizon et ne sont plus observable dans l’hémisphère nord. Ce changement dans le ciel s’est reflété par un changement dans les mythes et la royauté humaine.

Hiérogamie

Hiérogamie

Pendant longtemps un garçon né sans père était conçu à l’équinoxe d’automne et venait au monde au solstice d’été. Il était le maître de l’année d’automne. L’observation de la hiérogamie se faisait à l’aplomb de la ligne d’horizon. Dû à la précession des équinoxes, l’observation de la hiérogamie passa sous la ligne d’horizon et la conception de l’enfant né sans père fut déplacé à l’équinoxe de printemps pour une naissance au solstice d’hivers. De cette façon l’observation tropique et sidéral demeure possible. Ce changement ne se fit pas sans heurt et il est illustré tant dans le mythe Arthurien que dans celui de Pwyll.

Pwyll était Prince de Dyvet, mais toujours célibataire. La royauté n’étant donné qu’à un couple, il lui fallait trouver sa reine afin d’obtenir la souveraineté et pouvoir continuer à assurer la prospérité de son peuple. Rhiannon a fait son passage du monde de l’au-delà vers celui-ci et Pwyll a réussi à obtenir la souveraineté en l’usurpant à Gwawl fils de Clut, celui à qui était promit Rhiannon. Nous avons un premier bouleversement de l’ordre établi puisque Pwyll s’empare la souveraineté par force et par ruse. Ce désordre aura des conséquences sur son royaume et son fils et marque le début du changement entre l’année d’automne et l’année de printemps.

Nous savons par le conte que Pryderi est le fruit d’une déesse et d’un mortel, donc hiérogamie et qu’il est né la veille de Calan Mai. Cela place sa conception à Gwyl Awst, neuf mois plus tôt. Il s’agit d’une position intermédiaire entre l’ancienne conception à l’équinoxe d’automne et la nouvelle à l’équinoxe de printemps, de même sa naissance est à mi-chemin entre les deux solstices.  Ceci conforme la position de Pryderi comme intermédiaire entre l’ordre établi et celui à venir. En observation sidérale cette période correspond à la fin de l’ère du taureau vers -2000. Puisque sa naissance défi l’ordre céleste et ne se conforme pas à celui à venir, Pryderi et sa mère seront puni dans l’épisode du bol d’or et du château enchanté.

Vous avez maintenant un aperçu de l’interaction entre l’observation du ciel et les mythes qui informent la tradition druidique. Les connaissances astronomiques des druides étaient reconnues et la dissonance entre l’observation sidéral et tropique ne leur étaient pas étrangère, mais elle s’expliquait dans une conception mythique du monde ou les dieux et les hommes sont en relation perpétuelle. Ce savoir nous parvient aujourd’hui sous forme codé dans le Mabinogion et dans tous les grands mythes indo-européens pour qui veut bien en poursuivre l’étude.

Source principale: Paul Verdier