Cerridwen est une déesse galloise et elle est très populaire auprès des celtisants. L’orthographe de son nom est changeante et on retrouvera : Cerridwen Ceridwen, Kerridwen, korydwen ou Keridwen indifféremment. C’est une divinité complexe qui a beaucoup d’associations bien qu’un seul mythe nous soit parvenu l’identifiant clairement : le Conte de Taliesin.

Cerridwen, sorcière

Avant de voir Cerridwen comme une déesse, nous sommes certains qu’elle est une sorcière. Le début du Conte de Taliesin la présente comme étant savante dans les trois arts, à savoir : magie, divination, sorcellerie. Les premiers attributs sont les mêmes que ceux accordés aux sorcières d’aujourd’hui. De ce point de vue, Cerridwen est la patronne des sorcières et, par extension, de tout pratiquants des arts magiques. L’histoire continue en racontant comment elle récolta diverses herbes pour concocter l’élixir de sapience. Il est donc normal de lui attribuer également la maîtrise de l’herboristerie tant médicinale que magique. Si la poursuite des arts magiques, en plus de la connaissance druidique, vous intéresse, établir une relation avec Cerridwen ne peut que vous être bénéfique.

Cerridwen déesse primordial

Cerridwen est une déesse mère, ou primordiale, par son lien avec la vie et la mort ainsi que la fertilité et la sexualité. Son aspect et ses attributs sont semblables à la Cailleach. Les deux sont gardiennes d’un chaudron magique et son associé à la dormance de la terre. Les deux ont le pouvoir de modifier le paysage par la création de vallées et de montagnes.

cerridwenCerridwen est une déesse sombre même dans son aspect maternel. Elle a eu deux enfants : Ceirfyw et Morvren. Sa fille était belle et lumineuse comme le jour et son fils laid et sombre comme la nuit. Cerridwen, à travers sa maternité, a donc donné naissance au jour et la nuit, à la vie et à la mort, et cela concours à en faire une déesse primordiale.

Pour les, Celtes la vie et la mort ainsi que la sexualité et la fertilité sont deux facettes d’une même médaille. Ces éléments sont tous présents dans le conte de Taliesin, qui est probablement le mythe le plus connu mettant en scène Cerridwen. L’histoire commence avec l’énumération des qualités et compétences de Cerridwen suivit de ses enfants. Cerridwen est la seule qui peut préparer l’élixir de sapience, car elle possède les deux côté : vie et mort, lumière et ombre. Elle agit comme initiatrice en voulant transmettre la connaissance de toutes choses à son fils afin de le rendre plus acceptable. Elle agit ensuite comme challenger vis-à-vis de Gwion lorsque celui-ci s’empare de la Connaissance qui ne lui était pas destinée. Cette séquence illustre une particularité des déesses mères galloises.

Cerridwen, la mère

La relation mère fils est un thème récurrent dans les mythes du Pays de Galles. Il n’y a qu’à penser à Rhiannon et Pryderi ou Arianrhod et Lleu où le moteur du mythe est l’interaction entre la mère et son fils. Ce qui différencie la relation mère fils dans les mythes gallois versus ceux des autres cultures est le double aspect d’initiatrice et de challenger. L’histoire d’Arianrhod refusant un nom, des armes et une femme à son fils est l’exemple le plus flagrant. Dans le cas qui nous intéresse, c’est-à-dire Cerridwen, ces deux éléments sont tout aussi évidents. Elle challenge Gwion en le poursuivant sous diverses formes, l’obligeant à démontrer sa nouvelle maîtrise des éléments et sa capacité à voyager dans les trois royaumes. Cette séquence a toute de l’initiation chamanique.  L’initiation se poursuit ensuite lors de l’incubation de Gwion une fois avalé sous la forme d’un grain de blé.

Associations de Cerridwen

cerridwen-pousuiteUne association répandue est celle de Cerridwen et de la truie. Les porcs sont très présents dans les mythes gallois, par exemple ils sont offerts à Pwyll comme un cadeau de l’autre monde ou encore la truie qui conduit Gwydyon à Lleu dans Math fils de Mathonwy. La relecture de ces mythes permet de voir la main de Cerridwen qui apporte initiations et challenges aux différents protagonistes. On y retrouve également son aspect fertile puisque le cadeau des porcs de l’autre monde apporte prospérité au royaume de Dyffed.

Outre la truie, un autre animal emblème de Cerridwen est le serpent. Moins apparent dans les mythes il représente son aspect de transformatrice et affirme son pouvoir de régénération. Il n’y a qu’à penser à la mue du serpent.  Le serpent a une longue association avec le monde souterrain et le passage entre les mondes, sans compter le fameux œuf de serpent druidique. Une autre image de la connaissance de toute chose.

Cerridwen est également associé au grain, un autre lien avec la fertilité.  Cette association vient entre autres d’une ligne du Livre Noir de Carmarthen qui va comme suit : « Hervit urten autyl kyrridven ogyrven amhad » traduit par Evans comme : « selon l’ode sacrée de Cyrridwen, l’Ogyrwen des semences variées… » ce même poème traduit par Skene dans The four Ancient Books of Wales donne : « selon l’ode sacrée de Cerridwen, la déesse de diverses graines. » Cerridwen n’est pas associé qu’au monde du dessous, mais également aux cieux. Selon les sources, elle est représentée soit par Cassiopée, renommée la chaise de Cerridwen ou par le Dragon qui rejoint son aspect serpent. Il est intéressant de noter que ces deux constellations demeurent visibles toute l’année dans le ciel de l’hémisphère nord. Le Dragon est lui-même responsable des challenges alors que Cassiopée représente le féminin dans le couple primordial. Un beau retour sur les fonctions de Cerridwen !

Cerridwen dans le druidisme moderne

Si la déesse Cerridwen est révérée dans la communauté druidique et païenne moderne, c’est qu’elle a survécu à des siècles de christianisme et de conquêtes qui ont effacé presque toutes traces du druidisme de nos ancêtres. Sa résurgence aujourd’hui a probablement peu à voir avec le culte que pouvaient lui rendre les anciens et beaucoup plus à voir avec Robert Graves et sa Déesse Blanche. Lui-même inspiré par J. A. Mac Culloch dans sa Religion des Anciens Celtes qui est le premier avoir associé Cerridwen et la truie par un jeu étymologique ou Cerdo , d’origine incertaine, signifierait porc en vieil espagnol…

Peu importe que nous ne sachions pas ce qu’il en était dans les temps reculés, il n’en demeure pas moins que Cerridwen a traversé le temps et que le druidisant et la druidisante moderne sont en mesure de tisser une relation enrichissante avec cette divinité. Cerridwen nous invite à plonger dans les profondeurs du chaudron de transformation afin de confronter les peurs qui nous empêchent de réaliser notre plein potentiel.  Elle peut être dure et insistante lorsque nous faisons fis de ses enseignements, mais cela est toujours fait avec amour, car elle est aussi mère. Cerridwen agit sur nous comme initiation en mettant sur notre route les défis nécessaires à notre évolution.